Luxembourg
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Le coup de botte des jeunes agriculteurs et viticulteurs

Le président des Jongbaueren, Luc Emering (au micro), a lancé l’action «Roude Stiwwel» avec Marthe Bourg (Landjugend), Joe Biver (service jeunesse de la Centrale paysanne) et Charel Kayl (Jongwënzer).

Des centaines de croix vertes coiffées d’une botte rouge retournée fleurissent depuis vendredi le long des routes du pays. Elles symbolisent le ras-le-bol d’un secteur qui se dit dos au mur.

Le président des Jongbaueren, Luc Emering, se disait assez confiant, fin mai, dans l’«Interview du lundi» qu’il nous avait accordée. «Le début des échanges avec Claude Haagen a été positif.» Le ton avait bien changé, vendredi matin, place Clairefontaine à Luxembourg. «Nous craignons pour notre existence», lance sans détour le jeune agriculteur.

Aux côtés du service jeunesse de la Centrale paysanne et des Jongwënzer de Vinsmoselle, la Lëtzebuerger Landjugend et Jongbaueren est venue clamer, juste devant le ministère de l’Agriculture, son ras-le-bol. La colère est tournée contre le ministre Claude Haagen et la nouvelle loi agraire, adoptée fin juillet par le Conseil de gouvernement. «On n’est pas pris au sérieux. Toutes nos propositions lors de la préparation du texte de loi ont été froidement ignorées. Elles ont toutes été jetées à la poubelle», fustige Luc Emering au nom des trois organisations, qui représentent une large majorité des jeunes agriculteurs et viticulteurs du pays.

Ce ne sont pas seulement les mots qui sont forts, mais aussi la symbolique. Depuis vendredi fleurissent le long des routes du pays des centaines de croix peintes en vert, coiffées d’une botte en caoutchouc retournée et de couleur rouge. L’action a été baptisée «Roude Stiwwel» («Botte rouge» en français). «Cette botte symbolise la disparation incessante d’exploitations agricoles. Le ras-le-bol des jeunes qui souhaitent s’engager dans le secteur agricole est important», souligne le président des Jongbaueren.

Un ultimatum
fixé au 3 octobre

Il n’est pas sûr que Claude Haagen ait déjà aperçu l’une des quelque 400 croix déjà plantées. Il était encore vendredi à Prague pour participer au Conseil des ministres européens de l’Agriculture. Les jeunes agriculteurs et viticulteurs fixent un ultimatum au successeur de Romain Schneider : une réaction aux revendications doit intervenir d’ici au 3 octobre, faute de quoi le front que forment les trois organisations compte organiser des «actions d’envergure» qui seraient «sans précédent».

Luc Emering précise que les éléments de la nouvelle loi agraire ne sont pas tous à jeter. À côté du manque de communication, le secteur agricole, jeunes et anciens réunis, dénonce surtout deux passages du texte. «Les articles 6 et 7
du projet de la loi agraire sont la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Ces articles évoquent pour la première fois une limitation de l’augmentation du cheptel et introduisent une pénalité correspondante pour les augmentations au-dessus de cette limite», est-il souligné dans le communiqué de presse distribué vendredi.

«Les nombreuses réunions mentionnées par le ministre sont factuellement des présentations plutôt que des réunions de travail. Et pourtant, avant juillet, la proposition d’une autorisation pour augmenter le cheptel n’a jamais été mise sur la table», s’offusquent encore les jeunes paysans et vignerons. Leur revendication est claire (lire également ci-dessous) : «Le ministre est tenu de communiquer de manière transparente comment cette décision a été prise et sur quelle base scientifique repose chaque aspect de ces articles.» Avant le vote de la loi à la Chambre, un retour à la table des négociations, pour mener des «réflexions intenses», est qualifié d’incontournable.

Un sommet agricole demandé d’urgence

En outre est dénoncée la «dévalorisation» continue de la profession d’agriculteur. «On retrouve à nouveau des
assouplissements en matière d’accès à la profession et aux primes dans le projet de la nouvelle loi agraire, qui vise à assouplir la définition de l’agriculteur actif», déplorent les jeunes syndicalistes.

La tenue d’urgence d’un sommet agricole avec le ministre Claude Haagen et le Premier ministre, Xavier Bettel est revendiquée. Car, sous sa forme actuelle, «le projet de nouvelle loi agraire limite de nombreux jeunes agriculteurs dans leur développement futur et ne leur laisse donc aucune perspective».

Tous les ans, une cinquantaine
de fermes arrêtent les frais

Le Luxembourg compte encore quelque 1 500 exploitations agricoles. Ces 25 dernières années, le pays a vu la moitié de ses fermes disparaître. En moyenne, 50 agriculteurs décident tous les ans d’arrêter les frais tandis que seule une quinzaine décident de prendre la relève.

«L’agriculture reste un beau métier. Il existe des inconvénients, comme dans toute autre profession. Je reste néanmoins convaincu que l’agriculture demeure un secteur d’avenir, car la production alimentaire restera toujours primordiale. Il est donc aussi du devoir du camp politique de doter l’agriculture d’un statut attrayant», nous confiait fin mai Luc Emering, le président des Jongbaueren.

L’heure des bilans

Mardi, Claude Haagen, également en charge de la Viticulture, a visité les vignobles de Wellenstein. L’objectif de ce déplacement dans la Moselle luxembourgeoise était d’avoir un premier aperçu du millésime 2022. Au vu des canicules successives de cet été, les vendanges ont débuté plusieurs semaines en avance. Malgré tout, les vignerons se montrent satisfaits.

«Le millésime 2022 s’annonce excellent, fruité et gouleyant, avec des teneurs en alcool plus élevées que d’habitude. Les quantités seront cependant plus faibles en raison de la sécheresse», précise le communiqué officiel du ministère de l’Agriculture et de la Viticulture, diffusé après cette visite. Après le vin en ce début de semaine, le ministre Claude Haagen se consacrera mardi au bilan des récoltes. Le rendez-vous est fixé à Colmar-Berg. C’est en présence des représentants du secteur agricole que seront présentés les bilans des moissons, de la production des semences et de la récolte des cultures alternatives (épeautre, avoine, légumineuses) et du blé panifiable. Un bilan national des récoltes sera également tiré.