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Allemagne: les «citoyens du Reich», du folklore à un danger pour la démocratie

La vaste opération policière menée mercredi 7 décembre en Allemagne contre un groupuscule d’extrême droite dont le but n’était rien moins qu’un coup d’État a mis en exergue le rôle central des Reichsbürger, les « citoyens du Reich ».

De notre correspondant à Berlin, 

Veste en tweed, foulard élégant dans le col de la chemise, les cheveux blancs peignés en arrière. L’homme d’affaires de 71 ans qui quitte mercredi matin, menottes aux poignets, son domicile cossu de Francfort n’a en apparence rien d’un terroriste. Pourtant, le prince Henri XIII de Reuss, lointain descendant d’une famille noble de Thuringe, était bien la figure centrale des complotistes visés par un vaste coup de filet mercredi 7 décembre.  

Le septuagénaire, soutien des Reichsbürger, dénie toute légitimité à la république fédérale. Le mot « RFA » figurait d’ailleurs entre guillemets sur des classeurs retrouvés à son domicile.  Dans un discours disponible sur internet, Henri XIII puisait sans réserve dans les théories complotistes en vogue chez les citoyens du Reich. « L’industrie financière juive » est accusée d’avoir détruit la monarchie en Allemagne, Hitler était pour Henri XIII une marionnette des États-Unis et son pays depuis 1945 un protectorat américain.

Un membre de sa famille qui a rompu les ponts avec le septuagénaire le présente comme « un vieil homme fou » mais les armes retrouvées lors des perquisitions comme la présence au sein du groupuscule de militaires actifs ou d’anciens de la Bundeswehr prouvent une fois de plus que ce mouvement n’est plus un rassemblement de doux illuminés qui créent des principautés de pacotille sur leurs terres à la campagne avec drapeau et passeport fantaisie.

Détention d'armes 

Apparus dans les années 80, ces « citoyens du Reich » ont connu une progression sensible de leurs supporters ces dernières années. L’office de protection de la Constitution estimait leur nombre à 16 000 en 2016 et à 21 000 l’an dernier. La pandémie de Covid a nourri les soutiens de ce mouvement en attirant des personnes sensibles aux théories conspirationnistes et plus radicalisées.

Certes, la majorité d’entre eux vivent, plutôt inoffensifs, dans « un autre monde », se querellent avec l’administration, refusant de payer des impôts à un État qu’ils ne reconnaissent pas. Les autorités estiment qu’environ 2 000 Reichsbürger sont susceptibles de recourir à la violence. Plusieurs centaines d’entre eux disposent d’armes, même si un millier de personnes se les sont vu retirer.

Les autorités ont placé le mouvement, ou plutôt les nombreux groupes qui lui appartiennent, sous observation en 2016. Lors d’une opération de police lors de laquelle un Reichsbürger devait être désarmé, ce dernier a ouvert un feu nourri contre les forces de l’ordre, tuant un policier. Une scène similaire s’est reproduite au printemps. Une femme de 75 ans est en détention provisoire depuis le mois d’octobre. Elle est considérée comme la responsable d’un groupe qui prévoyait d’enlever le ministre de la Santé, particulièrement haï dans les milieux antivax. 

« Convictions irrationnelles »

« Nous avons affaire à un mélange dangereux de personnes qui suivent des convictions irrationnelles, certaines avec beaucoup d'argent, d'autres en possession d'armes et avec un plan qu'elles veulent mettre en œuvre (...) et c'est pour ça que c'est dangereux et c'est pour ça que nous sommes intervenus », a expliqué sur la chaîne publique ARD le chef de l'Office fédéral de la police criminelle (BKA), Holger Münch. « Les perquisitions le montrent aussi », avec des armes découvertes dans 50 des lieux perquisitionnés, allant de « l'arbalète jusqu'à des fusils et des munitions et cela montre que ce n'est pas inoffensif », a-t-il détaillé. D'autres interpellations sont susceptibles d'intervenir, selon lui.

Il serait certes « facile » de taxer ces complotistes de « fous inoffensifs », commente le quotidien Süddeutsche Zeitung, « mais ils proviennent des classes supérieures de notre société, avec des nobles, des enseignants, des docteurs, des hommes d'affaires, ainsi que des soldats et des officiers de police ». Parmi les principaux suspects interpellés cette semaine figure également une juge, ancienne députée du parti d'extrême droite Alternative pour l’Allemagne au Bundestag de 2017 à 2021.

Pour le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung, il faut raison garder : « Rien ne laisse penser que le groupe aurait réussi son plan monstrueux. Les prendre au sérieux serait leur faire trop d’honneur. Cela ressemble à une farce comparé aux extrémistes américains qui ont pris d’assaut le Capitole ».

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