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Côte d'Ivoire: au procès de Grand-Bassam, des hôteliers racontent d'étranges visites avant l'attaque

Au procès de l’attentat survenu à Grand-Bassam le 13 mars 2016, quatre nouveaux témoins ont été entendus au quatrième jour d’audience, ce jeudi 8 décembre.

Avec notre correspondante à Abidjan, Bineta Diagne

Patrick Colin est responsable d’un hôtel. Pendant près d’une heure, ce témoin a donné force détails sur le déroulé de l’attaque, et sur le profil des agresseurs. « Ils étaient deux, ils sont arrivés à pied, armés de kalachnikovs », se souvient-il. L’un des deux était « très bien entraîné », et les deux agresseurs semblaient déjà connaître les lieux, note ce responsable. « Ils étaient pieds nus, marchaient très vite dans le sable », précise cet hôtelier.

Les deux témoins ont par ailleurs fait part de leurs suspicions concernant la préparation de l’attentat. Près d’un mois avant l’attaque, Patrick Colin relate le passage de « personnes dont on n’a pas l’habitude de voir à Bassam ». L’hôtelier évoque, par exemple, la visite de plusieurs personnes, dont un homme « religieux » à barbe blanche, précise-t-il, inspectant la piscine de l’établissement. Il lui avait demandé : « Vous avez beaucoup de blancs ici ? » « La question m’avait un peu surpris », affirme Patrick Colin.

Même constat dressé par Louise Sailli, qui travaille dans un autre hôtel. Cette dame relève le passage « d’un homme seul. Il tourne, il fait la visite des lieux et commande juste un jus de fruit ». Après l’attentat, ces deux témoins notent que ces visites ont brutalement cessé. Ils n’ont pas été en mesure d’identifier ces personnes suspectes parmi les quatre accusés présents, présentées comme ayant contribué à la logistique de cet attentat revendiqué par Aqmi qui avait fait 19 morts. 

Salle comble

Comme à chaque fois depuis l'ouverture du procès le 30 novembre, le tribunal criminel a encore fait salle comble ce jeudi. Peu avant 13h, plusieurs dizaines de personnes se pressaient devant la salle d’audience. Chacune a fait l’objet d’un contrôle minutieux : pas de stylo, pas de parfum, pas d’objet tranchant.

Parmi le public, il y a Mamadou Diakité, un retraité, qui assiste au procès par curiosité. Ce vieil homme réside dans la commune de Port Bouët, d’où proviennent certains accusés. « Il y a trop de "on dit", donc je me suis dit que j’aurais aimé être présent moi-même pour voir ce que c’est. Les gens disent que ce sont des gens qui ont agressé, ils disent qu’ils viennent du Burkina et d’autres du Mali, on ne connaît rien. Donc nous voulons nous-mêmes entendre les dires des inculpés et puis savoir ce que c’est, avoir la vérité », justifie-t-il.

L’interrogatoire des accusés, mais aussi des témoins, replonge le public dans les détails de l’attentat. Un événement que tous tentent de mieux comprendre. « Les gens disent certaines choses, mais, vu ce que peut-être les victimes sont en train de dire, je pense qu’il faut être là pour mieux comprendre, remarque Robert, juriste. Mais j’accorde beaucoup de crédit à ça, parce que ça relève de ma culture générale aussi. »

Les audiences sont filmées par le tribunal, pour permettre aux parties civiles étrangères qui n’ont pas pu faire le déplacement de suivre le fil de la procédure. Le procès reprend mercredi 14 décembre. Il doit durer jusqu'au 22 décembre.

Les Ivoiriens expliquent pourquoi ils veulent assister au procès de l'attentat de Grand Bassam en personne

Bineta Diagne

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