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«Opération spéciale en Ukraine»: les Russes entre indifférence affichée et premières voix dissonantes

Depuis début juillet et les dernières conquêtes de l'armée russe, rien n'a changé dans le discours officiel en Russie et pourtant l’actualité sur le terrain s’accélère. L'armée ukrainienne a encore annoncé avoir repris « plus de 20 localités » en 24 heures dans le cadre de sa contre-offensive. Les communiqués ukrainiens se succèdent, mais ne ressemblent pas vraiment à ce qu'on entend en Russie.

De notre correspondante à Moscou,

Dans un point presse intitulé comme toujours « Point sur les progrès de l'opération militaire spéciale », le porte-parole du ministère de la Défense déclarait samedi 10 septembre : « pour atteindre les objectifs déclarés de l'opération spéciale pour la libération du Donbass, il a été décidé de regrouper les troupes situées dans la zone d'Izioum afin de renforcer les efforts dans la direction de Donetsk. Pour éviter les dommages causés aux troupes russes, une puissante défaite par le feu a été infligée à l'ennemi à l'aide de missiles et d'artillerie. Pendant trois jours, plus de 2 000 militaires ukrainiens et étrangers, ainsi que plus de 100 unités de véhicules blindés et d'artillerie, ont été détruits ».

Il y a bien eu une sorte de débat organisé sur une chaîne d’État vendredi 9 septembre avec ce propos jamais entendu jusqu'ici : « Les gens qui ont convaincu Vladimir Poutine que l’opération spéciale serait rapide et efficace, que nous ne bombarderions pas les civils, que nous arriverions et que notre garde nationale, avec les hommes de Kadyrov, mettrait tout en ordre, ces gens nous ont tous piégés. Nous sommes maintenant à un point où, nous devons comprendre qu’il est absolument impossible de vaincre l’Ukraine avec les ressources, les soldats et les méthodes coloniales dont nous disposons ».

Sur le net, ils sont nombreux à ne pas donner cher de l’avenir en Russie de l'homme qui a prononcé ces propos : Boris Nadjedine, ancien député à la Douma. Reste que cette intervention a surtout servi à donner tous les arguments pour la contester en tous points. « Pas question de négocier avec le régime nazi de Zelensky », a ainsi immédiatement rétorqué un député de Russie Unie.

Des sondages et un fossé qui se creuse

Depuis le début de l’opération spéciale, comme dit le Kremlin, les sondages montrent une approbation large de l’envoi de soldats russes en Ukraine. Des sondages à mettre en parallèle avec deux autres phénomènes. Le premier : le fossé entre le discours public et la vie quotidienne. En Russie, la télévision d’État parle énormément de l'offensive. Elle ne parle même, depuis le 24 février, quasiment que de ça. Et dans le même temps, les courbes d'audience ont baissé au point que la semaine dernière, pour la première fois, une émission de divertissement est revenue sur les écrans.

Par ailleurs, dans la vie quotidienne en Russie, en surface en tout cas, presque rien n'a changé. Très peu de « Z » dans l'espace public en dehors des bâtiments officiels. Et le sentiment très répandu que personne ne peut rien faire, n'a aucun impact sur ce qu'il se passe, alors autant l'ignorer. Illustration encore ce week-end avec une vidéo très partagée sur les réseaux sociaux. On y voit des Moscovites en train de danser à l'extérieur. Ça se passait samedi 10 septembre à Moscou, la ville commémorait ses 875 ans d'existence. Vladimir Poutine était présent à plusieurs commémorations. Dans les rues, l'air était doux, l'ambiance à la promenade et à la fête et aux feux d'artifice. Comme si à plusieurs milliers de kilomètres, il ne se passait absolument rien.

Voix dissonantes

Très difficile de savoir toutefois si cette indifférence affichée recouvre autre chose. Tout le monde est soumis à la loi qui interdit de discréditer les forces armées sous peine d’une très forte amende et/ou de prison, et tout le monde ou presque se montre d’une extrême prudence dans ses propos. Sauf, et c'est le deuxième phénomène, les nationalistes. Sur leurs chaînes Telegram très suivies, un tout autre son de cloche se fait entendre. Dimanche, sur l'une d'elles, on pouvait lire un texte qui débutait par ces mots : « Cher ministère de la Défense, nous savons que vous nous lisez. Voici ce que nous avons à vous dire ». 

Très rares sont ceux qui se permettent d’adresser une critique directe à Vladimir Poutine : c'est une ligne rouge majeure de mettre en cause directement le Kremlin. Sur la colère des nationalistes, le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, s'est exprimé ainsi : « les Russes soutiennent le président [ ... ] tant que les points de vue critiques restent dans les limites de la loi actuelle, c'est le pluralisme. Mais la ligne est extrêmement mince. Vous devez être très prudents ».

Plus nombreux sont ceux qui demandent, à cor et à cri, une mobilisation générale. Reste que pour la majorité des observateurs russes à court terme, ce qui risque surtout de se passer, c’est un nouveau verrouillage de la société russe.