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Ukraine: à Zaporijjia, des déplacés fuient l’enrôlement forcé dans les forces russes

Avec l’intensification des opérations de l’armée ukrainienne dans le Sud et l’Est, des milliers de personnes fuient les zones de combats et les régions tenues par l’armée russe, comme Kherson. Si la plupart des déplacés sont des femmes et des enfants, dont certaines familles qui ne veulent pas une de l’école russe, des hommes fuient aussi pour éviter d’être enrôlés de force à l’armée russe ou après avoir été torturés.

Avec nos envoyés spéciaux à Zaporijjia, Anastasia Becchio et Boris Vichith

Une colonne de voitures vient d’arriver sur le parking du centre commercial Epitsentr, passage obligé de tous les véhicules en provenance des zones occupées par l’armée russe. Viktor a fui son village d’Ivanivka après avoir reçu une visite d’hommes armés :

« Ils sont venus chez moi et ils m’ont dit qu’ils allaient me prendre et que j’allais devoir me battre pour la Russie et défendre Kherson. Je leur ai répondu que j’étais un pacifiste et que je ne voulais pas me battre, que pouvais-je leur dire d’autre ? Ils sont venus à trois avec leurs fusils automatiques et moi, je n’ai qu’une hache. C’était très désagréable. »

Après cette visite, Viktor, qui a servi dans la marine ukrainienne dans les années 1990, a emprunté l’équivalent de 250 euros pour payer un chauffeur qui l’a emmené avec sa famille à Zaporijjia.

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Peur de se faire enlever pour « aller au massage »

Arrivés dans un minibus, Dmitri et son épouse, eux, se faisaient du souci pour leur fils de 18 ans. Il ne sortait quasiment plus, de peur de se faire enlever. Les locaux ont inventé une expression : « Aller au massage », c’est-à-dire être enlevé et torturé, explique le père qui lui-même a récemment été interpelé :

« Ils m’ont arrêté au motif qu’ils trouvaient que je marchais trop vite. J’étais quasiment arrivé chez moi et ils m’ont interpelé pour ça. Il suffit que tu leur lances un regard qui ne leur plait pas et ils t’envoient au "massage". L’un de mes amis a passé cinq jours chez eux, cinq jours attaché sans pouvoir même aller aux toilettes. C’est une atteinte à la dignité humaine, comme au temps de l’URSS. »  

Dmitri s’en est sorti avec une grosse frayeur, mais a tenu à partir au plus vite. La famille s’attend à être hébergée par des amis dans l’ouest de l’Ukraine en attendant, selon lui, que la contre-offensive ukrainienne chasse les occupants.

« On n’apprend pas aux enfants dès le berceau qu’il faut aller tuer des gens »

Parmi les déplacés, beaucoup fuient les régions occupées par les forces pro-russe, notamment des mères de familles qui, en ce début d’année scolaire, s’inquiètent pour l’avenir scolaire de leurs enfants : elles préfèrent fuir à inscrire leurs enfants à l’école russe.

Attablé sous une grande tente blanche installée sur le parking d’un centre commercial, Anna Potapova entourée de ses deux enfants, de 14 et 16 ans, attend le bus qui les emmènera dans l’ouest de l’Ukraine, dans ce point de passage pour tous les véhicules en provenance des zones occupées par les Russes. Si elle a quitté sa ville de Kakhovka, c’est à cause des combats, mais aussi pour que ses enfants puissent continuer à étudier dans un collège ukrainien.

« Le jour de la rentrée, ils ont mis des véhicules blindés dans la cour de l’école et ils leur ont montré comment charger et décharger un fusil automatique. Chez nous, à l’école ukrainienne, on n’apprend pas aux enfants dès le berceau qu’il faut aller faire la guerre, qu’il faut aller tuer des gens. »

Avec ses trois enfants, Vika a réussi au bout de quelques jours à trouver un chauffeur pour fuir son village de la région de Kherson. « Mon fils ainé devait entrer en CP. On m’a dit : "tu l’inscris à l’école russe ?" J’ai répondu : "il ne comprend pas le russe, pourquoi je l’inscrirais là-bas ?" On me dit alors, "tu es obligée et si tu ne l’inscris pas, on mettra tes enfants dans un orphelinat, on te privera de tes droits parentaux". Je leur ai donné la vie, je les ai élevés et je devrais m’en séparer juste parce que je ne veux pas qu’ils étudient à l’école russe ? »

Après avoir passé deux nuits dans des écoles de Zaporijjia, Vika et ses enfants sont montés dans un autocar pour Kiev : ils seront hébergés dans une ferme proche de la capitale.

Des familles ukrainiennes fuient les zones occupés par les russes pour éviter que leurs enfants suivent une scolarisation russe

Anastasia BecchioBoris Vichith

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